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  • sofianelesage4

A l'assaut du Mont-Blanc, pour financer la recherche sur la maladie de Huntington

« Aucune expérience en alpinisme, mais une grande envie de toucher les cieux… »


Départ lundi 6 août 2018, 4h30.


Tout le monde le sait, je ne suis pas du matin. Mais aujourd’hui on n’a pas le choix, ils annoncent du mauvais temps, on doit quitter le refuge du Nid d’Aigle (le départ de notre ascension) plus tôt pour éviter la pluie prévue à 11h. La nuit est noire, on ne voit que ce que la frontale éclaire. On avance un peu à tâtons dans cette obscurité immense, avec Mathieu en tête. Mathieu c’est notre guide ; il peut être 4h du matin comme de l’après-midi, on ne voit pas la différence, il a toujours la même énergie et la même envie. Faudra qu’il m’apprenne un jour.


On perd le chemin, en même temps tous les cailloux se ressemblent, on pointe la direction et on décide de tracer tout droit. Dit comme ça, ça paraît facile, mais en fait, c’est un peu rocambolesque. La pente est raide et le chemin moins adapté. Mon sac est lourd : une dizaine de kilos avec tout le matériel, je manque de tomber en arrière avec le poids, petit coup de chaud, histoire de bien me réveiller.


Les premières lueurs du matin se lèvent et on retrouve notre chemin, il fait sans doute encore très sombre mais nos yeux se sont tellement habitués à l’obscurité que tout semble déjà plus clair. On voit apparaitre l’ombre de l’aiguille du midi, tout est si paisible.


On arrive au Refuge de tête Rousse, un pipi s’impose. On s’apprête à entamer une partie redoutée de ceux qui emprunte la voie normale : une grande façade rocheuse, et le célèbre « couloir de la mort ». Nico, il aurait bien évité cette partie, il flippe trop de ne pas me ramener entière à maman. Nicolas c’est le grand copain de papa : basket, rugby et frites les dimanches soir.


On avance, c’est un peu de l’escalade parfois mais j’aime bien, c’est moins lisse qu’une rando en forêt. On s’arrête devant le mythique couloir « de la dead zone » comme l’appelle Mathieu. C’est un long couloir, d’où certaines pierres tombent et prennent de la vitesse jusqu’à finir leur course tout en bas. L’enjeu est simple : traverser sans se prendre de pierres ; certaines font la taille d’un coquillage, d’autres d’une voiture, mais avec la vitesse, toutes font mal. J’accroche mon mousqueton au câble de vie, et j’y vais. Une cinquantaine de mètres plus loin, c’est le soulagement ; on passe tous les trois sans encombre.


Tout là-haut on aperçoit le refuge du goûter, il paraît proche, mais il ne faut pas rêver, il est super méga loin. J’entends un hurlement venu d’en haut « PIEEEEEEEEEEEERRE ». Mathieu nous dit de nous coucher par terre, je m’exécute, il a l’air sérieux. RAS, tout le monde est en vie. Quand certains alpinistes sont plus hauts, il arrive qu’ils fassent tomber malencontreusement des pierres lors de leur ascension, voilà l’explication.


On poursuit mais ça se corse, il y a même des câbles sur la paroi pour s’assurer. Grosses chaussures, gros sac, grosses courbatures, et moi qui m’attendait à faire une petite rando… Faut dire que quatre jours avant on était allés s’acclimater au Mont Joli avec la même team, maman et Théo. Quelle bonne idée on a eu de descendre en courant… Je pouvais à peine marcher les jours qui ont suivi tellement j’avais de courbatures ; obligée d’aller à la pharmacie et de masser mes cuisses plusieurs fois par jour. On peut le dire, je sais mettre toutes les chances de mon côté.


On avance vite, le temps se maintient, l’ambiance est légère. Il est 10h, on est à 3800m, on met le pied sur le glacier ; non, LE glacier du Mont-Blanc ! Je crois que Nico est ému, il l’est souvent en même temps. On est pile à la même hauteur que l’aiguille du midi qu’on voyait ce matin.



On entre dans le refuge et là, je me sens trop mal : frissons, nausées, fatigue, mal de crâne. Je vais m’allonger dans le dortoir. Impossible de m’endormir, ça ne passe pas. Je ne vais pas me laisser mourir comme ça, je me lève, je vais prendre l’air, je reprends du poil de la bête ! Une longue journée où Nico a dû inventer une dizaine de jeux de société. À 20h, au lit les amis.


Départ mardi 7 août 2018, 3h

Euh rectification, 3h30, j’ai perdu mes chaussettes.


On chausse les crampons, on prend nos bâtons et on y va. Des frontales dessinent un chemin en Z.


On avance, et très rapidement, pour ne pas dire, dès les 15 premières minutes, je trouve ça difficile. Je ne trouve pas mon rythme, j’ai le souffle court, les gars avancent vite, on est encordés ensemble donc je dois suivre. Ça va être compliqué, je ne m’étais pas préparée à ça. Nico demande si on peut accélérer, il est super grand alors il piétine et ça l’épuise. En jeune fille polie je réponds « oui » avec le smile. Mais dans ma tête c’est plus : « KKKSSSOIIEONFZ NAAAAAAAAAN !!!! ». Mathieu, qui est en tête, accélère le pas, mais il se rend bien compte que la corde est toujours tendue et que je ne suis pas. Personne ne relève, mais on reprend le rythme initial, merci.



Le jour se lève, ça fait du bien au moral, on voit enfin la montagne, c’est fou. On rattrape plusieurs groupes, on avance bien. Je souffre mais je sais pourquoi. Il y a trop d’enjeux dans cette ascension. Je pense à ceux qui y croient, à la kermesse de Barbarouche avant le départ, au poème d’Hugo, à la vidéo de Mathilde, à maman qui ne dort pas. Je veux faire résonner Huntington et je veux que papa voie ça.


Nico a super froid aux mains, il n’arrive pas à se les réchauffer. Le problème d’être encordé, c’est que si l’un descend, tous descendent. Rassurez-vous, il y a quand même des avantages : si l’un tombe dans une crevasse, normalement, les autres le rattrapent.


On est à 400m du sommet. 400m, ça paraît si court. Pourtant c’est l’endroit où il y a le plus d’abandons. Je me demandais comment c’était possible d’être si près du but et de ne pas poursuivre ; maintenant je comprends. Wtf c’est quoi ce mur ???



Plus on se rapproche du sommet, plus on double de groupes. Les gens sont lents d’après Nico, ça l’énerve. Je fais genre d’être d’accord mais moi j’adore les gens lents.


Je n’ai plus aucune notion du temps ni de l’espace, mais on ne doit plus être loin. Je suis épuisée. Je mets mes 2 genoux dans la neige, il me faut une pause. Nico me tend un snickers, il me connaît trop. Je n’arrive pas à le mâcher, pourtant aucun snickers ne me survit d’habitude. J’essaie de boire, mais l’eau a gelé dans le tuyau. Mathieu comprend que je suis à bout de force. Il me demande mon sac, je lui dis que je peux continuer de le porter et il me répond « C’était pas une question, donne-le moi ». Je ne bronche pas, il a l’air sérieux.


Je sais qu’on va y arriver, plus que quelques mètres nous séparent du sommet. Encore un petit effort. Quelques pas.



7h30

« Sommet du Mont-Blanc, l’aiguille du midi t’es toute petite t’es ridicule », Nico est ému. On l’est tous en fait. Mathieu achève enfin cette ascension jusqu’à son sommet, après 4 tentatives. Et moi, je l’ai fait !



La grandeur de ce qui s’offre à nous, la splendeur des montagnes, la vue sur 2 pays depuis le toit de l’Europe. C’est à couper le souffle. Toute la souffrance se dissipe, tout s’apaise, tout a beaucoup plus de sens désormais. 3 amis, au sommet du Mont-Blanc, avec cette banderole « Aller plus haut ! ». On y est, au plus haut…


Opération redescente, surtout dans la tête. Je crois que je suis restée perchée là-haut un moment. J’ai du mal à réaliser ce qu’il vient de se passer, cette transition entre le moment où je me suis dit que je n’y arriverai jamais et le moment où j’ai mis le pied au sommet.



On dévale tout ça en un rien de temps, on repasse par le Goûter récupérer nos affaires. On déchausse nos crampons et on poursuit par la zone rocheuse. Je n’ai plus de force, Mathieu me fait descendre en rappel.


On longe le couloir de la mort, les gars sont inquiets, on entend des chutes de pierres toutes les dix minutes. On espère passer au bon moment. J’avoue que la pression monte pour moi aussi. On est prêts à traverser. Mon cœur bat très fort, il ne faut pas se louper. GO ! Vadim nous attend de l’autre côté du couloir. Vadim c’est un jeune de 16 ans complètement fou, qui réalise des exploits et des records en montagne. On a réussi, ça y est, plus qu’à dérouler jusqu’en bas, plus de pression. On aura quand même appris après coup, qu’un arrêté préfectoral avait été installé le jour de notre départ parce qu’il y avait trop de chutes dans le couloir de la mort. On a eu beaucoup de chance.




On continue de descendre, chaque fois que mes gros orteils tapent contre le fond de ma chaussure, c’est-à-dire souvent, je ressens comme un coup de marteau sur mes ongles. Deux gros bleus apparaissent déjà ; je les perdrai après coup.


On arrive au tramway du Mont-Blanc, il fait beau, we did it !




Retour à la civilisation, on dirait un monde en accéléré, tout était plus calme en haut. J’ai l’impression d’être parties plusieurs semaines, alors que ça n’a duré que 2 jours.


Il est temps de se dire au revoir. Je crois que Nico a déteint sur moi. Je me contiens, je me retiens, je tiens ; le train part, je fonds en sanglots. Une dame me demande si je vais bien, je lui souris mais je ne sais même pas quoi répondre. Trop d’émotions s’entrechoquent en même temps. Je suis fière d’avoir réussi, heureuse d’avoir partagé, reconnaissante d’avoir été soutenue.


Je ne veux qu’une chose désormais, continuer.






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